Sommet de
l'UA
Des experts mandatés
pour examiner le cas Habré
Human
Rights Watch, 25 janvier 2006
(Khartoum,
25 janvier 2006) - L'Union africaine a décidé hier soir de
mettre
en place un groupe d'experts juridiques mandatés pour examiner «
les options
disponibles » afin de juger Hissène Habré, l'ancien
dictateur du
Tchad
refugié au Sénégal depuis 1990. Le groupe d’expert
devra rendre ses
conclusions
lors du prochain Sommet de l'Union africaine en juillet 2006.
Les chefs
d’Etat de l’Union africaine n’ont exclu ni l’extradition de Habré
vers
la Belgique, ni aucune autre option contrairement à ce que titraient
les
premières
dépêches et en dépit des déclarations faites
hier par le président
Abdoulaye
Wade selon lesquelles il ne « laisserait pas Hissène Habré
être
jugé
ailleurs qu'en Afrique ». Les chefs d’Etats, dans la décision
adoptée
hier,
ont simplement rappelé qu’ils souhaitaient « privilégier
un mécanisme
africain
».
Aux termes
de la résolution adoptée, le groupe d' « éminents
juristes
africains
» est tenu d’accomplir sa mission en tenant notamment compte du
«
rejet total de l’impunité », du principe de « l’indépendance
du judiciaire
»,
ainsi que de « l’efficacité en termes de coûts et de
temps du procès».
«
Les chefs d'Etat africains ont convenu que Hissène Habré
devrait être
jugé
», a déclaré Reed Brody de Human Rights Watch et coordonnateur
de
la campagne
internationale de soutien aux victimes de Habré. « Il relève
désormais
de la compétence du Comité d'experts de proposer un éventuel
mécanisme
qui puisse garantir un procès juste, équitable et rapide.
Cette
affaire
ne doit cependant pas s'éterniser ».
En Septembre
2005, un juge belge a inculpé Hissène Habré pour crimes
contre
l'humanité et a demandé son extradition du Sénégal.
Pays d'exil de
l'ancien
dictateur tchadien depuis 1990, Habré y a été inculpé
en 2001
avant
que la justice sénégalaise ne se déclare incompétente
pour le juger.
Alors
que la demande belge d'extradition était en suspens, le gouvernement
du Sénégal
a saisi l'Union africaine, en novembre dernier, afin de
déterminer
la « juridiction compétente » pour juger Hissène
Habré.
Human
Rights Watch a rappelé qu'au-delà de l'issue des consultations
des
chefs
d'Etat de l'Union africaine, le Sénégal demeurait tenu juridiquement
soit
de poursuivre soit d'extrader Habré, et que le mandat d’arrêt
et la
demande
d’extradition présentés par la Belgique demeuraient valides.
Human
Rights Watch a, en outre, souligné que l’extradition de Habré
vers
la Belgique
restait l'option la plus tangible pour son procès.
«
Extrader Habré vers la Belgique demeure l’option la plus réaliste
et la
plus
immédiate garantissant un procès juste et équitable
» a déclaré Reed
Brody.
« Mais il existe d'autres possibilités, y compris l’éventualité
d’un
procès
dans un autre pays d'Afrique doté d'un système judiciaire
indépendant.
La mise sur pied d’un nouveau tribunal africain ad hoc pour
juger
des crimes dont Hissène Habré est accusé nécessiterait
cependant
une volonté
politique colossale, prendrait des années à réaliser
et coûterait
probablement
plus de 100 millions de dollars », a-t-il ajouté.
«
Cela fait quinze ans que nous nous menons un combat sans relâche
afin
qu'un
tribunal veuille bien entendre notre cause, il n'est pas question que
nous
abandonnions aujourd'hui », a déclaré Ismaël Hachim
Abdallah,
président
de l'Association des Victimes de Crimes et de Répressions
Politiques
au Tchad.
La semaine
dernière, 35 ONG à travers l'Afrique ont appelé l'Union
africaine
à recommander l'extradition de Habré vers la Belgique.
Le texte
de la décision adoptée se trouve en annexe.
Rappel
des faits
Hissène
Habré a dirigé le Tchad de 1982 à 1990 jusqu'à
son renversement
par l'actuel
président Idriss Déby et sa fuite vers le Sénégal.
Son régime de
parti
unique fut marqué par une terreur permanente, de graves et
constantes
violations des droits de l'homme et des libertés individuelles et
de vastes
campagnes de violence à l'encontre de son propre peuple. Habré
a
périodiquement
persécuté différents groupes ethniques dont il percevait
les
leaders
comme des menaces à son régime. Les archives de la police
politique
de Hissène Habré, la DDS (Direction de la Documentation et
de la
Sécurité),
découvertes par Human Rights Watch en 2001, révèlent
les noms
d'au
moins 1,208 personnes mortes en détention. Les noms de plus de
12,321
victimes d'abus de toute sorte y sont par ailleurs mentionnés. Sur
la
base
de ces documents, il a été également établi
que Hissene Habré a reçu
1,265
communications directes de la DDS concernant le statut de 898
détenus.
En février
2000, un juge sénégalais a inculpé Hissène
Habré pour
complicité
de crimes contre l'humanité et complicité d'actes de torture
et de
barbarie,
et l'a placé en résidence surveillée. Mais en mars
2001, la Cour de
Cassation
du Sénégal s'est déclarée incompétente
pour juger de crimes
commis
à l'étranger. Les victimes de l'ancien dictateur ont immédiatement
annoncé
qu'elles chercheraient à faire extrader Habré vers la Belgique,
où
des plaintes
avaient été déposées contre lui par 21 de ses
victimes, dont
trois
de nationalité belge. Le Président du Sénégal,
Abdoulaye Wade, a alors
déclaré
qu'il acceptait de garder Habré sur le sol sénégalais
et que << Si un
pays,
capable d'organiser un procès équitable-on parle de la Belgique-le
veut,
je n'y verrais aucun obstacle >>.
Suite
à l'enquête menée par un juge belge pendant quatre
ans, un mandat
d'arrêt
international a été délivré à l'encontre
de M. Habré le 19 septembre
2005
et les autorités sénégalaises ont procédé
à son arrestation au Sénégal
le 15
Novembre 2005. Le 25 novembre dernier, la Cour d'appel de Dakar
s'est
déclarée incompétente pour statuer sur la demande
d'extradition
déposée
par Belgique. Le 27 Novembre, le Ministre sénégalais des
affaires
étrangères,
Cheikh Tidiane Gadio, a déclaré << qu'il appartient
au sommet
de l'Union
Africaine d'indiquer la juridiction compétente pour juger cette
affaire
>>.
(Résolution
adoptée le 24 janvier 2006 à Khartoum, Soudan).
DECISION
SUR LE PROCES DE HISSENE HABRE
ET
L’UNION AFRCAINE
LA CONFERENCE
:
1.
PREND NOTE des informations fournies par le Président
Abdoulaye
Wade du Sénégal et le Président Olusegun Obasanjo,
Président
sortant de l’Union africaine, relatives au procès d’Hissène
Habré
et réitère son engagement à lutter contre l’impunité,
conformément
aux dispositions pertinentes de l’Acte Constitutif.
2.
DECIDE de mettre en place un Comité d’éminents juristes africains
qui seront
désignés par le Président de l’Union africaine en
consultation
avec le Président de la Commission de l’Union
africaine.
Ce Comité sera aidé dans sa tâche par la Commission
(Bureau
du conseiller juridique).
3.
DONNE MANDAT au Comité d’examiner tous les aspects et toutes
les implications
du procès d’Hissène Habré ainsi que les options
disponibles
pour son jugement, en tenant compte des éléments de
référence
suivants :
a. Adhésion
aux principes du rejet total de l’impunité.
b. Respect
des normes internationales en matière de procès
équitable,
notamment l’indépendance du judiciaire et l’impartialité
des procédures.
c. Juridictions
compétentes pour les crimes présumés dont Hissène
Habré
est accusé.
d. Efficacité
en termes de coûts et de temps du procès.
e. Accès
des victimes présumées et des témoins au procès.
f. Privilégier
un mécanisme africain.
4.
DONNE EN OUTRE MANDAT au Comité de faire des
recommandations
concrètes sur les voies et moyens permettant de
traiter
des questions de cette nature dans l’avenir.
5.
DEMANDE au Comité de finaliser ses travaux et de soumettre un
rapport
à la prochaine session ordinaire en juillet 2006.
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